
Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent... (France Terre d’Asile, 10.12.07)
La formule chère à certains de nos élus : « les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent » fait sourire la majorité d’entre nous, parce que, bien
évidemment, seuls les naïfs peuvent croire tout ce qui leur est promis. Le mensonge que promeut ce paradigme est considéré comme faisant partie du jeu dans la sphère
publique. La faute est vénielle, presque enfantine et, si les élus peuvent se libérer de leurs engagements, pourquoi pas moi… En mesure-t-on les véritables conséquences ? Est-il possible
et acceptable de l’utiliser pour faire face aux difficultés sociales ?
Début août 2007 le Nouvel Hôtel situé à Asnières (92) est évacué au petit matin par les forces de l’ordre. Comme souvent en cette matière rien n’est
prévu pour les occupants de l’hôtel que l’on se contente de mettre sur le trottoir. Il n’était pas prévu, non plus, que ses habitants refuseraient d’être laissés pour compte alors même qu’ils
payaient leurs chambres.
Devant cette situation le Maire d’Asnières met à la disposition des femmes et des enfants le local d’accueil d’urgence pour sans domicile fixe. Les hommes n’y sont
pas admis et dormiront sur le trottoir.
Trois semaines plus tard la situation est bloquée, la tension monte.
La médiation de France Terre d’asile est sollicitée. Deux accords sont signés. L’un avec la préfecture concerne la régularisation des personnes en situation
irrégulière. L’autre avec la mairie, le conseil général, la DDASS, la fondation Abbé Pierre et les délégués des expulsés, prévoit la mise en place d’un suivi social pour l’hébergement temporaire
et le relogement.
Le 3 septembre France Terre d’Asile reçoit les personnes en situation irrégulière pour préparer les dossiers à remettre en préfecture «pour
un examen circonstancié».
Le 4 septembre à midi le processus d’évacuation est stoppé à cause d’une annonce qui précise que l’hébergement est prévu pour seulement un
mois. La tension redouble.
Le Maire par la voix de son chef de cabinet s’adresse à tous les expulsés le soir même et leur promet que : «[…] tous seront relogés et
hébergés en hôtel dans l’attente […], et que toutes les personnes en situation irrégulière seront régularisées, […]».
Au cours de cette réunion, Pierre Henry, directeur général de France Terre d’Asile précise, quant à lui, qu’il ne peut pas faire de promesses en
termes de résultats. Il explique que le contexte a beaucoup changé depuis l’affaire de Cachan, l’année précédente, qui avait vu la régularisation de 232 personnes sur 239.
Le processus d’évacuation (112 personnes au total) pourra reprendre tard dans la soirée et quelques jours plus tard l’occupation du centre d’accueil et du trottoir
est terminée.
Fin octobre le chef de cabinet du Maire annonce que la mairie ne paiera plus les chambres d’hôtels à compter du 1er novembre. Il dit «avoir tenu ses
engagements»…
La DDASS prend le relais pendant le week-end de la Toussaint. Le mardi midi suivant les personnes sont expulsées par la police des hôtels avant d’y être de nouveau
admis à la demande du ministère, informé de la réalité de la situation par France Terre d’Asile.
Depuis lors, les expulsés d’Asnières sont pris en charge par différents SAMU sociaux d’Ile-de-France.
Jusqu’à quand ?
Aujourd’hui seules 9 personnes sur 42 ont obtenu un titre de séjour d’un an dont une pour soins.
France Terre d’Asile continue de suivre les dossiers des personnes en situation irrégulière et demande à l’Etat, comme il l’a promis, de tenir ses engagements.
L’amendement Lefebvre, voté en novembre dernier à l’unanimité, doit permettre le réexamen de la situation des personnes qui sont en possession d’une promesse d’embauche.
Il n’est pas difficile d’imaginer les conséquences de la gestion chaotique de cette situation, pas plus que les conséquences pour l’avenir de cette très grande
précarité pour l’ensemble des personnes concernées et plus particulièrement pour les enfants.
C’est bien le manque d’anticipation accompagné d’un manque de travail, d’imagination et d’une certaine indifférence qui est à l’origine de ce gâchis
humain mais aussi des coûts importants engendrés. Le mensonge a permis de sortir momentanément de la crise ainsi créée, sans rien régler.
Est-ce acceptable ?
Cette situation n’est pas unique. Chacun pourrait donner un autre exemple.
A l’instar du barbier qui, demain, rase gratis, certains de nos élus acceptent le mensonge, en pensant «être de formidables stratèges».
Ils oublient que leur mission est la politique au sens que lui donne l’étymologie : l’organisation de la vie dans la cité. Ils oublient la réflexion éthique au profit de la
gestion de l’immédiateté au nom de ce soi-disant pragmatisme. Ils oublient que, ce faisant, ils contribuent à la création d’une organisation sociale dont on perçoit bien les
limites.
Le travail social contribue à la fois au maintien de l’ordre social et à l’émancipation démocratique des individus et des groupes. L’éthique constitue l’essence même
de son action et ne s’oppose pas à l’efficacité vraie.
Il ne peut accepter le mensonge comme outil de règlement des difficultés sociales.
Le 10 décembre 2007.
Philippe LEMAIRE
phlemaire@france-terre-asile.org
Responsable Départemental - France Terre d’Asile - Hauts de Seine.
Responsable d’un Centre d’Accueil et d’une plate-forme pour Demandeurs d’Asile.
Formateur en travail social.
Merci Manolo et Marie-Po d'avoir si bien travaillé dans ce dossier...